mercredi 21 mars 2007

Nourriture pour les yeux

Photo et broderie Gato Azul

Pas de chocolat, pas de homard cette fois-ci, juste un peu de nourriture pour les yeux, question de changer le rythme.
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Cette broderie qui figure dans la première image est un marquoir que j'ai réalisé à partir d'une image trouvée dans le livre suivant...
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Ce livre, qui traite des tapis du village d'Arraiolos en Alentejo (Portugal) où sont fabriqués à la main des tapis depuis le 17e siècle, est rempli de petits dessins des motifs qui composent l'iconographie des tapis d'Arraiolos. L'aigle bicéphale est un de ces motifs usuels.
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Dans ce village ancien (classé par l'UNESCO, comme la plupart du Portugal d'ailleurs), l'hôtel (une pousada) est situé dans un couvent du 16e siècle qui avait appartenu au frère d'Ines de Castro (la fameuse reine morte, l'amante du roi Pedro I, dit le Justicier). Le père de Pedro, le roi d'alors, s'opposait aux amours de Pedro et d'Ines. Il avait donc fait assassiner Ines. Fou de douleur, Pedro, lorsqu'il accéda au trône, fit emmener le cadavre d'Ines qu'il installa sur le trône et il exigea des membres de la Cour qu'ils lui paient hommage à tour de rôle, en baisant sa main.
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Les murs de ce couvent sont décorés de fragments d'anciens tapis, tous plus merveilleux les uns que les autres. J'y ai séjourné en février, moment où il n'y avait que 3 autres hôtes dans tout l'hôtel. L'atmosphère de cet endroit magnifique était un peu surréel, comme si je me trouvais hors du temps.
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Voici un exemple des cervidés, autres éléments fréquents dans la composition des tapis d'Arraiolos.
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Ou encore des chevaliers...
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Les Portugais raffolaient des tapis de l'Orient. Ils n'étaient pas peu fiers d'avoir contourné les premiers l'Afrique pour déboucher aux Indes, d'où leur goût et leur fascination pour les tapis. Les premiers tapis du Portugal, ceux qui figurent dans ce livre, furent reproduits soit à la Cour ou dans des couvents. Ils sont très proches des tapis d'origine. Plus tard, une véritable industrie s'installa à Arraiolos et l'iconographie devint plus distinctement locale et la composition s'allégea.
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A cause du manque de disponibilité de la cochenille (pour produire le rouge), la plupart de ces tapis ont subi une altération dans leurs couleurs. Ce qui était rouge s'est estompé, devenant beige ou ochre. A l'origine, ils étaient vivement polychromes et fidèles aux originaux.
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Voici un autre joli livre sur les tapis, plus modernes cette fois-ci. Plein de belles photographies, il permet, d'une manière sommaire, d'identifier la région de provenance d'un tapis, ce qui n'est pas chose aisée.
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Dans les tapis d'Anatolie et du Caucase, la tarantule est souvent figurée, de manière abstraite. C'est une tentative de se prémunir contre la morsure de cet insecte que de le reproduire sur le tapis. D'autres éléments usuels, des cartouches permettant d'identifier les tribus.
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Un autre livre plein de belles photographies, celui-ci contient une description plus complète et met l'accent sur les kilims, tapis de prière aux motifs géométriques et sur d'autres textiles particuliers comme les sacs à selle des Afghans (les deux petits carrés au bas de la page).
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Un tapis fait avant 1950 est considéré comme un tapis ancien, ce qui peut sembler étrange. C'est que la grande diversité des matériaux utilisés, et le manque d'homogénéité dans la qualité des ingrédients permettant de teindre les fibres utilisées, ont pour effet que leur longévité est sévèrement affectée.
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Ou encore, un autre facteur qui influe sur la longueur de vie d'un tapis est l'usage qu'on en fait.
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Mon tapis de souris, par exemple, a besoin d'un bon nettoyage après seulement 2 années d'usure, et la souris a tendance à effilocher la fibre en surface... J'ai bien peur qu'il ne se rende pas jusqu'au musée.
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J'ai fait en sorte que toutes les images soient «cliquables» pour que vous puissiez voir le détail.
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Les formes géométriques et les couleurs communiquent des idées, sur un plan abstrait, tout autant que les paroles ou les sons. Ils font appel au cerveau limbique, le siège des émotions. Malheureusement, le langage des formes et couleurs des tapis n'est pas codifié de manière formelle. Les variations infinies sont souvent un casse-tête et il faut un long apprentissage pour décoder le message sous-jacent.
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Pour moi, c'est une source d'émerveillement sans cesse renouvellée. Je ne sais pas si je préfère la forme ou la couleur. Celle-ci est tellement riche et volubile qu'il est difficile de se concentrer sur les formes pour tenter de décoder le message. C'est d'ailleurs là un des plaisirs que j'ai à en apprendre davantage sur ces chefs-d'oeuvre, ne pas savoir par où commencer...
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Ce sont, réellement, des tapis magiques.

3 commentaires:

mijo a dit...

On peut dire que c'est un travail d'orfèvre. Il faut avoir une bonne vue et une grande patience pour autant de minutie.

Je n'ai jamais vu un tapis de souris aussi beau.

cristina a dit...

Non seulement une bonne cuisinière, mais une véritable artiste!Que de patience pour réaliser ce travail!
Pour les tapis, je connais...et suis bien tentée de faire des folies chaque fois que je passe par là!!
Merci pour ce beau reportage!

Gracianne a dit...

Que je me vautrerais bien sur ces tapis la. Tu as bien fait de sortir de la cuisine.