vendredi 4 mai 2007

Qui étaient les Shakers?

Polly Collins, a Gift from Mother Ann to Eldress Eunice,
Août 1859
Collection of the Shaker Library, Sabbathday Lake, Maine
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Le samedi matin, il m'arrive quelquefois d'être prise par une envie irrésistible de partir, d'aller à l'aventure sans savoir quelle sera la destination, rien que pour connaître quelque chose de neuf. C'est ainsi qu'il y a quelques années, un samedi matin, j'ai sauté dans la voiture et j'ai pris la route, direction des États-Unis.
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J'ai conduit sur la 91 au Vermont jusqu'à St. Johnsbury puis j'ai bifurqué sur la 93, vers le New Hampshire. J'aime cette route qui emprunte les cols dans les Appalaches. On a l'impression d'être sur la cîme du monde, dans les nuages. Il n'est pas rare d'apercevoir des aigles qui dans les hauteurs, planent silencieusement, majestueux.
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À 2 heures de route de chez moi, j'ai aperçu un panneau indiquant Canterbury, Shaker Village. J'étais intriguée car je savais que le mot Shaker est synonyme d'objets de qualité, meubles ou accessoires. Je me dirigeai donc vers le village, empruntant des routes de campagne qui sillonaient une campagne verdoyante et paisible.
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Puis, j'aperçus, sur un petit monticule, un assemblage de bâtiments de bois, peints en blanc. Canterbury...
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J'y ai passé un après-midi fascinant, dans ce petit village musée qui avait pendant plus d'un siècle été habité par une communauté de Shakers. Les bâtiments qui abritaient les dortoirs, la maison de prière, les salles communes, l'école, les granges... tout y est préservé, la seule couleur tranchant le blanc, ce bleu délavé si particulier de la peinture au lait et aux bleuets (myrtilles). Puis, il y avait les jardins, toujours cultivés, remplis de légumes, d'arbres fruitiers, de fines herbes. Ces jardins approvisionnent le restaurant, où j'ai mangé un repas délicieux, simplement préparé, savoureux que j'ai terminé en dégustant ce shortcake aux fraises (voir le billet sur le shortcake aux petits fruits).
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J'y ai appris que les Shakers étaient une communauté novatrice en bien des égards. Par exemple, les petites enveloppes de semences que nous achetons tous, ce sont les Shakers qui ont lancé cette coutume de vendre les semences dans de petites enveloppes de papier. Ou bien notre balai moderne... ils ont remplacé le fagot attaché à un bout de bois. Ou encore, la machine à laver le linge... ils ont inventé la machine à laver le linge muni d'une essoreuse. Ou cette manière d'accrocher les chaises à des chevilles enfoncées dans le mur... ce sont les Shakers qui ont inventé cette manière de faire afin qu'il soit plus aisé de passer le ... balai!
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Canterbury fut le premier village entièrement électrifié au New Hampshire. Ce sont eux aussi qui se firent installer le téléphone en premier.
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Leur philosophie était simple... Hands to work, Hearts to God (mains à l'ouvrage, coeurs à Dieu). Si une chose valait la peine d'être faite, elle valait la peine d'être faite pour durer 1 000 ans, d'où l'association avec des meubles d'une qualité approchant la perfection.
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Célibat et simplicité ne voulaient pas dire qu'il faille user d'une gastronomie pauvre et sans goût. Bien au contraire, c'était pour les Shakers, une célébration, un bénédicité que de mettre autant de soin à préparer la nourriture qu'à la produire. D'ailleurs, les rangs de cette communauté furent grossis grâce à leur tradition d'hospitalité et de bonne chair. Si quelqu'un leur demandait asile, ils l'invitaient et ils partageaient leur table et leurs biens, de bon coeur.
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La table de Noël était particulièrement bien garnie car, selon eux, After all, it is Chrismas (c'est Noël, après tout).
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Je suis repartie de ce village, livre de cuisine à la main car j'y ai goûté là des mets particulièrement bien préparés et savoureux. Je me sers souvent de ce livre quand je veux préparer un plat qui est tout simplement délicieux.
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Pour ceux qui veulent en savoir davantage sur les Shakers, je reproduis un extrait d'un site Internet sur le sujet. Saviez-vous que les Shakers tirent leur origine des Camisards, en France?...
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Les origines de la «United Society of Believers in Christ’s Second Appearing», plus connue sous le nom de Shakers, remonterait au 17 siècle et aux Camisards. Ces premiers calvinistes français prospérèrent dans le sud de la France et prirent leur nom du mot provençal «camiso» pour chemise. Plus tard, ayant perdu leur guerre contre l’armée de Louis XIV en 1706, certains des survivants durent s’enfuir en Angleterre. Ces exiles continuèrent de prêcher leurs croyances, en influençant fortement certains groupes de Quakers, ou Société des Amis, fondes antérieurement par George Fox en 1652. A Manchester, Angleterre, l’un de ces groupes mené par James Wardley, abandonna les Quakers pour constituer son propre groupe, connus sous les nom de Wardley Société et «Shaking Quakers». Ainsi nommés en raison de la pratique extatique de leur culte, où lors d’une marche dansante, ils devaient trembler et se secouer, au point parfois de tomber en transe pour certains. Anne Lee joignit la société en 1758, devenant une des adeptes qui se faisait le plus entendre, et qui fut arrêtée à plusieurs reprises pour troubles de l’ordre public.
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Pendant l’une de ces incarcérations, elle eut des visions lui révélant comment l’humanité pouvait trouver le salut à travers la pureté. Elle fit part de ces révélations à la société ; c’est sans doute à la suite de cela, en 1770, qu’elle fut élue Leader de la Société, et connue sous le nom de Mère Ann.
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Suite à une nouvelle vision, 4 ans plus tard, elle quitta l’Angleterre pour l’Amérique, avec 7 disciples. Leur idée était d’établir une Société Utopiste Communautaire, une conception très en vogue à l’époque. Prônant les vertus de l’égalité des sexes, de la tolérance, du pacifisme, de la pureté, ils gagnèrent de nombreux adeptes enthousiastes, atteignant au début du 19 siècle le nombre d’environ 4000 membres. Malheureusement, mère Ann mourut en 1784, sans pouvoir assister à l’aboutissement de son œuvre.
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Le déclin s’amorça après la guerre civile américaine, et il ne restait plus en 1900 que 1000 disciples. Aujourd’hui, certaines des communautés d’origine ont été transformées en musées. La dernière communauté en exercice poursuit sa voie avec un nombre restreint de fidèles à Sabbathday Lake, Maine.
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La vie des Shakers était ordonnée de façon stricte par des lois englobant tous les aspects de la vie quotidienne. Ces lois étaient nommées ‘lois du millenium’.
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Cependant, celles-ci étaient révisées de temps en temps, reflétant la capacité d’adaptation des Shakers face à un monde en mouvement. Cela était nécessaire, car en raison de l’attachement des Shakers au célibat, la survie du mouvement ne dépendait que des recrues extérieures.
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En supprimant tout ornement inutile, en condamnant la beauté pour la beauté, les Shakers se sont quand même inscrits dans ce qui se faisait de plus beau en matière de mobilier.
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‘Toute beauté qui n’est pas basée sur son utilité, devient vite répugnante, et nécessite son remplacement continuel par quelque chose de différent’.
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En se concentrant sur la forme et la fonction, ils avaient certainement 150 ans d’avance sur leur époque ; ils étaient les précurseurs du mouvement moderne.

6 commentaires:

auntie jo a dit...

merci pour ce complément d'info, j'avais déjà entendu parler de cette communauté, mais j'ai appris plein de choses ce matin! tes pas t'ont mené à un joli endroit, ce jour là ;-)

Mijo a dit...

J'aime ce genre de billet.

Rosa's Yummy Yums a dit...

Un billet intéressant! J'aime beaucoup la deuxièeme image...

Espera a dit...

Merci pour ce billet très intéressant. Tu m'as fait connaître certains aspects de cette communauté que je ne connaissais pas (qu'ils auraient leur origine en France, par exemple). J'ignorais également qu'ils étaient désormais si peu nombreux.

Eglantine a dit...

Très intéressant ton billet. Je ne connaissais absolument pas les shakers. J'ai un peu voyagé grâce à toi !

gabriella a dit...

J'ai visité voilà près de 25 ans le village musée de la communauté shakers de
Hancok (Massachusetts) Je garde encore l
souvenir de la visite de leur étable-grange, immense rotonde en pierre
blanche d'un agencement très astucieux pourtenir les longs hivers.
Leurs meubles ont inspiré bien des designers d'aujour'hui ! Il parait que l'on peut trouver la copie de leurs boîtes-bois chez Habitat !
Je ne savais pas qu'ils descendaient des
Camisards.